Franco est parti
Franco.
Je ne sais pas comment le dire. Ni même si je dois le dire. Mais je le dis, parce qu’il mérite nos hommages — nombreux, s’il vous plaît.
La première fois avec Franco Nuovo, c’était l’été de mes 15 ans. À Radio-Canada. Dans le studio enterré de la tour brune, à 6h15 du matin, ça sentait les toasts brûlés, et Franco déambulait avec sa dégaine inimitable. J’avais remarqué ses bijoux argentés au cou et aux doigts, ses jeans troués, les lunettes fumées sur les cheveux ondulés tombant en bas des joues. Ce regard sicilien, cette mâchoire arrondie, cet air méditerranéen.
Romantique, mystérieux, cultivé. Il avait une aura — ce que j’ai appris plus tard à nommer «un charisme». Dans sa retenue, Franco possédait ce charme italien: celui d’accueillir, de savoir rire, de soigner sa superbe et de celle des autres. J’avais 15 ans, j’étais minuscule, et c’était ma première « gig »: chroniqueuse jeunesse à C’est bien meilleur le matin. J’ai appris. J’ai été accueillie. J’ai écouté. Dany Laferrière et Franco, c’était du grand art.
Puis le temps a filé. Franco et moi avons vieilli. Nous nous sommes retrouvés, mûris par la vie. Lui adouci, moi aussi. Plus de rondeur, plus d’indulgence, plus de dolce vita.
Cette deuxième rencontre fut fulgurante. J’ai encore plus aimé Franco : cinéphile, amoureux de littérature, des arts, de la table, du vin, de la vie — amoureux de sa fille, de ses petits-enfants, de sa blonde, de ses amis, de sa mère patrie l’Italie. Je l’ai redécouvert notamment chez mon ami Stéphane Laporte, où chaque jour est une fête, et les fêtes avec Franco étaient souvent mémorables. La dernière fois, un soir d’été, il s’est mis à chanter Mexico de Luis Mariano, sur la terrasse de chez Steph. Il savait toutes les paroles, toutes les mimiques. Il incarnait Luis. J’ai alors découvert le vrai Franco. L’inimitable showman, le gars de culture, l’homme de coeur. Celui qui a fait les 400 coups, joué du coude à Cannes, assisté à toutes les premières...écrit des textes avec style et panache. Sa chemise blanche entrouverte, ses lunettes teintées, sa grâce, son humour, son sourire en coin. Je ne sais pas comment le dire… mais j’ai tout aimé. Comment résister?
Alors, que reste-t-il de Franco ? Un legs. D’abord une voix. Caverneuse, feutrée, réconfortante, bienveillante. Il accueillait les points de vue, cherchait à comprendre le monde d’après. Généreux, affable. Franco avait en lui l’indicible été qui ne pouvait s’arrêter.
Peut-être est-ce ça, alors Franco Nuovo: la capacité de donner aux autres et de laisser, en un instant, une trace indélébile. Je n’avais pas envie qu’il parte. J’avais envie qu’il soit là pour toujours. Avec son départ, il y aura inévitablement un vide les dimanches. C’est une époque qui se termine.
Mes pensées accompagnent ses proches. Avec toute ma tendresse, Sarah, Stéphane, Caroline, Pénélope....
Ciai amico.


